INCARNATION DE LA BEAUTÉ :
LA VÉNUS BARTHOLONI
WORKS OF ART, VENTE AUX ENCHÈRES DU 26 MARS 2026
La Vénus présentée dans notre vente Works of Art de mars a été réalisée au 2e siècle après J.-C. En raison de ses formes particulières, cette sculpture en marbre de Carrare est désignée comme appartenant au « type cnidien ». La délicate silhouette en S de la déesse remonte à l’Aphrodite de Cnide, sculptée vers 350 av. J.-C. par Praxitèle. Celui-ci représente pour la première fois la déesse entièrement nue, marquant ainsi un jalon majeur dans l’art antique. La fascination exercée par cette œuvre fondatrice atteindra son apogée à l’époque impériale romaine, d’où provient notre Vénus. Des penseurs tels que Cicéron, Pline l’Ancien ou Lucien loueront sa beauté idéale. Les sculpteurs grecs et romains reprendront ce célèbre modèle dans de multiples dimensions et dans divers matériaux. À travers la diffusion de ces copies, l’Aphrodite grecque deviendra la Vénus latine, destinée à orner aussi bien les espaces privés que les temples et édifices publics.
L’importance de la Vénus dite Bartholoni ne tient pas seulement à la sculpture elle-même : sa provenance, documentée jusqu’au 19e siècle, est tout aussi remarquable. Elle doit son nom à la famille toscane qui s’installe dès le 17e siècle à Genève. La première mention de cette sculpture antique remonte à Jean-François Bartholoni (1796–1881). Banquier prospère à Paris, il s’illustre également comme pionnier et promoteur du développement ferroviaire franco-suisse. Son attachement à Genève et aux racines italiennes de sa famille se reflète dans la construction de la Villa Bartholoni, qui abrite aujourd’hui le Musée d’Histoire des Sciences de Genève.
Aphrodite de Cnide
DE LA COLLECTION LUDOVISI
Copie romaine en marbre (torse et
cuisses) avec tête, bras, jambes
et support de robe ajoutés
Son fils Charles fera édifier entre 1882 et 1884 le Château Sans-Souci à Versoix, demeure richement ornée de sculptures, de meubles, de peintures, d’argenterie et d’autres œuvres d’art anciennes. En 1926, les descendants de Charles vendront la propriété et son contenu à Jacques-Arnold Amstutz, qui la cédera ensuite à la Société Immobilière Sans-Souci.
Le château changera de nouveau de propriétaire en 1957, alors mis aux enchères avec son mobilier et ses œuvres. La Vénus réapparaitra quatre ans plus tard lors d’une vente aux enchères à Bâle. On ignore si elle entrera alors directement ou indirectement dans la collection de l’antiquaire néerlandais Henri E. Smeets (1905–1980). Plus récemment, la Vénus Bartholoni est exposée en 2023 dans l’exposition « The Awakened. The Ruins of Antiquity and the Birth of the Italian Renaissance » au Château Royal de Varsovie, aux côtés de prêts des musées des Offices, du Louvre et du British Museum.


